Derrière chaque box, chaque antenne et chaque appel se cache une chaîne industrielle que personne ne voit : des câbliers, des fondeurs de puces, des éditeurs de cœur de réseau, des opérateurs d'infrastructure. La France y occupe une place plus importante que sa réputation ne le laisse penser.
Cette page rassemble 47 entreprises françaises qui font bouger le réseau, la connectivité et les télécoms, regroupées par famille. Précision importante sur le cadrage : ce ne sont pas des jeunes pousses. On y trouve des sociétés cotées, des coopératives, des entreprises familiales de plusieurs décennies et des sociétés récentes. Le seul point commun est le sujet, pas l'âge ni la taille.
Chaque entrée a été contrôlée sur sources primaires : site officiel et mentions légales, registre national des entreprises, catalogue des visas de sécurité de l'ANSSI, communiqués et rapports financiers datés. Nous avons volontairement écarté les sociétés passées sous contrôle étranger — elles sont nombreuses dans ce secteur — ainsi que celles qui ont cessé leur activité. L'ordre est éditorial et ne reflète aucun classement de performance.
Connectivité, fibre et infrastructure (1 à 8)
- 1. Orange — l'opérateur intégré qui porte le chantier le plus lourd du secteur : la fermeture du réseau cuivre et le basculement des lignes vers la fibre. Il est aussi opérateur d'infrastructure pour ses concurrents, à qui il vend l'accès en gros.
- 2. Bouygues Telecom — troisième opérateur français en propre, il exploite ses propres réseaux fixe et mobile et a absorbé plusieurs opérateurs alternatifs pour se muscler sur le marché entreprises. Son ancrage dans un groupe de BTP lui donne une position particulière sur le déploiement.
- 3. Free Pro — le bras entreprises du groupe Iliad, né de l'absorption de l'opérateur marseillais Jaguar Network, qui combine réseau télécom, datacenters et cloud pour les PME et ETI. Attention au piège : la marque Jaguar Network n'existe plus.
- 4. Altitude Infra — le premier opérateur d'infrastructure indépendant du pays. Il construit et exploite des réseaux fibre en délégation de service public, puis en revend l'accès en gros aux fournisseurs d'accès. C'est lui qui a récupéré Kosc Telecom puis une grande partie des réseaux Covage.
- 5. Axione — Malakoff. Finance, conçoit, déploie puis exploite des réseaux fibre pour le compte des collectivités, principalement en zone rurale et sous délégation de service public.
- 6. Sewan — Paris. Opérateur de gros qui ne vend qu'à travers un réseau de revendeurs, avec sa propre plateforme Sophia qui gère toute la chaîne de la commande à la facturation. C'est aussi un consolidateur, en France comme en Europe.
- 7. ielo — Paris. Opérateur d'opérateurs : réseau fibre national en propre, FTTO, transport optique, transit IP et colocation vendus à d'autres opérateurs et datacenters.
- 8. France-IX — le principal point d'échange Internet français, l'endroit physique où opérateurs, hébergeurs et fournisseurs de contenu s'interconnectent en peering plutôt que d'acheter du transit.
Satellite et zones blanches (9 à 17)
C'est la famille où la France est la plus forte, et de loin : industrie spatiale historique et acteurs de la couverture des territoires mal desservis.
- 9. Eutelsat Group — Issy-les-Moulineaux. Issu de la fusion avec OneWeb, c'est le seul opérateur au monde à exploiter à la fois une flotte géostationnaire et une constellation en orbite basse, ce qui lui permet de vendre du backhaul aux opérateurs mobiles autant que de l'accès résidentiel.
- 10. Thales Alenia Space — Cannes. Maître d'œuvre de satellites de télécommunications, il pousse les plateformes reconfigurables en orbite, dont la mission peut être redéfinie par logiciel après le lancement.
- 11. Kinéis — Ramonville-Saint-Agne. Héritier du système Argos, c'est un opérateur IoT par satellite qui déploie une constellation de nanosatellites pour connecter des capteurs là où il n'existe aucun réseau terrestre : détection de feux, suivi maritime et agricole.
- 12. Unseenlabs — Cesson-Sévigné. Détecte et géolocalise depuis l'espace les signaux radiofréquence émis par les navires, ce qui permet de repérer ceux qui ont coupé leur transpondeur. Clients : États, assureurs maritimes, armateurs, ONG.
- 13. Greenerwave — Paris. Issue de l'Institut Langevin, elle fabrique des antennes à pointage électronique fondées sur des métasurfaces reconfigurables, qui déportent la complexité du matériel vers le logiciel. C'est ce qui permet des terminaux satellite plats et peu gourmands en énergie.
- 14. Univity — Paris et Toulouse. Développe une constellation en orbite très basse conçue non pour vendre de l'abonnement au grand public, mais de la capacité 5G en gros aux opérateurs. Piège de nommage : le nom Constellation Technologies & Operations n'est plus utilisé.
- 15. Cailabs — Rennes. Met en forme la lumière laser et en tire deux gammes : des stations sol optiques pour les liaisons satellite-sol, et des dispositifs fibre qui augmentent le débit d'une fibre multimode déjà installée sans la remplacer.
- 16. Stelogy — Poilley. Sous la marque Ozone, le groupe apporte l'internet par radio, la 4G fixe et la fibre aux foyers que le filaire n'atteint pas ; sous la marque Stelogy, il vend THD radio, 5G privée et cybersécurité aux entreprises et collectivités. L'un des rares à avoir fait de la zone blanche un modèle durable.
- 17. Alsatis — Toulouse. Née pour couvrir les zones blanches, elle a cédé son parc grand public radio et s'est recentrée sur les infrastructures pour collectivités, de l'IoT à la 5G privée, et les services aux entreprises.
Équipement réseau et matériel (18 à 24)
- 18. Ekinops — Lannion. Fabrique des équipements de transport optique WDM et, sous la marque OneAccess, des routeurs d'entreprise et passerelles voix avec son propre système de routage. Il a été retenu par Proximus pour moderniser le réseau optique national belge.
- 19. Sequans Communications — Colombes. Conçoit des puces et modules cellulaires pour l'IoT, du LTE-M au NB-IoT jusqu'à la 5G eRedCap. C'est l'un des très rares fondeurs européens sur ce créneau, et il est resté indépendant après l'abandon du rachat par le japonais Renesas.
- 20. Kalray — Montbonnot-Saint-Martin. Commercialise des cartes accélératrices DPU bâties sur son architecture manycore propriétaire, avec des usages explicitement réseau : accélération des réseaux d'accès radio, de la sécurité et du stockage.
- 21. Alcatel Submarine Networks — Les Ulis, usine de câbles à Calais. Conçoit, fabrique, pose et maintient des systèmes de câbles sous-marins clés en main, avec sa propre flotte de navires câbliers. C'est l'entreprise dont l'État français a repris le contrôle à Nokia.
- 22. Acome — site industriel principal à Romagny. Fabrique les câbles qui portent physiquement les réseaux : optique et FTTH, cuivre, câblages pour réseaux mobiles. Sa singularité est statutaire, c'est une société coopérative et participative dont le conseil est composé de salariés associés.
- 23. Radiall — Aubervilliers, pôle industriel historique en Isère. Produit la connectique et les composants hyperfréquences des réseaux : connecteurs et cordons RF coaxiaux, commutateurs, connecteurs optiques et outdoor, antennes. Entreprise familiale retirée de la cote.
- 24. Scintil Photonics — Grenoble. Développe une source laser multi-longueurs d'onde intégrée sur une seule puce, destinée aux interconnexions optiques des infrastructures d'IA, en intégrant du III-V sur silicium.
Cybersécurité des réseaux (25 à 32)
- 25. Stormshield — Issy-les-Moulineaux. Fabrique la gamme de pare-feux SNS, du boîtier de PME au haut de gamme, avec une déclinaison industrielle durcie qui comprend les protocoles OT. À dire clairement : l'entreprise se présente elle-même comme une filiale d'Airbus, donc française mais non indépendante.
- 26. Gatewatcher — Paris. Édite une plateforme de détection réseau en trois briques, capture, détection et décision, et fabrique ses propres TAP optiques et cuivre plutôt que de les sous-traiter.
- 27. Sekoia — Paris. Opère une plateforme SOC combinant SIEM et détection, renseignement sur la menace et cartographie de surface d'attaque, alimentée par sa propre équipe de recherche. Piège : le domaine sekoia.io n'est plus le domaine principal.
- 28. HarfangLab — Paris. Édite un EDR dont les moteurs de détection sont exposés en formats ouverts, YARA et Sigma, ce qui permet aux équipes de sécurité d'écrire leurs propres règles. Même couverture en cloud et en installation sur site.
- 29. TEHTRIS — Paris. Opère une plateforme XDR unifiée où l'EDR, le mobile, le SIEM, l'analyse de trafic réseau, les honeypots et le SOAR sont pilotés par un même moteur.
- 30. Custocy — Toulouse. Construit un NDR autour d'un moteur qui fait travailler plusieurs IA en parallèle sur des échelles de temps différentes, pour corréler les attaques lentes que les sondes classiques laissent passer. R&D menée avec le LAAS-CNRS.
- 31. EfficientIP — La Garenne-Colombes. Le spécialiste français du DDI, DNS, DHCP et gestion d'adresses IP, et surtout d'une gamme de sécurité DNS contre l'exfiltration de données et les attaques de niveau opérateur.
- 32. WALLIX — Paris, avec des établissements en Bretagne et en Essonne. Édite le bastion du même nom, qui enregistre et rejoue les sessions des prestataires externes connectés au système d'information. L'acteur français de référence sur la gestion des accès à privilèges.
IoT, LPWAN et objets connectés (33 à 39)
Le paysage LPWAN français a beaucoup changé : plusieurs noms très cités par la presse ont été rachetés à l'étranger ou ont cessé leur activité. Les sept entreprises ci-dessous sont celles qui restent françaises et en activité.
- 33. Kerlink — Thorigné-Fouillard. Fabrique les passerelles LoRaWAN Wirnet, en versions intérieure et extérieure, et fournit le serveur réseau et les outils d'exploitation qui vont avec. Membre fondateur de la LoRa Alliance.
- 34. ATIM — Villard-de-Lans. Conçoit et fabrique en France des capteurs et modems radio LPWAN ainsi que ses propres passerelles. Fondée en 1996, elle est restée volontairement multi-technologies : LoRaWAN, LTE-M, NB-IoT et radio point à point.
- 35. Watteco — Lanester. Conçoit et assemble dans son atelier des capteurs-transmetteurs radio autonomes en énergie pour LoRaWAN, dont des sondes de suivi de légionelles et des modules de mesure triphasée. Piège de nommage : la marque a abandonné le préfixe nke.
- 36. Nexelec — Saint-Avé. Fabrique des détecteurs de fumée et de monoxyde de carbone et des capteurs LoRaWAN de qualité d'air, de température, de bruit et de présence, complétés par ses propres passerelles et une plateforme de supervision.
- 37. Ineo-Sense — Nîmes. Construit ses capteurs IoT industriels autour d'une architecture microélectronique modulaire qui standardise télécommunication, sécurité et autonomie d'un produit à l'autre : traçage d'actifs, collecte de données, sécurisation de contenants.
- 38. Synox — Castelnau-le-Lez. Édite trois plateformes complémentaires pour la gestion, la visualisation et la sécurisation des flux IoT, et distribue ses propres cartes SIM M2M multi-opérateurs. Parti pris assumé : être agnostique en connectivité, du cellulaire au satellite.
- 39. MicroEJ — Nantes. Édite un environnement d'exécution virtuel qui fait tourner des applications sur des microcontrôleurs de quelques kilo-octets de mémoire, indépendamment du silicium. L'entreprise le présente comme le petit frère d'Android pour l'embarqué.
Cloud, souveraineté et logiciels d'opérateur (40 à 47)
- 40. OVHcloud — Roubaix. Fabrique ses propres serveurs et exploite ses propres datacenters, ce qui en fait le seul acteur européen intégré verticalement face aux hyperscalers américains. Deux de ses offres sont qualifiées SecNumCloud par l'ANSSI.
- 41. Scaleway — Paris. Le cloud public du groupe Iliad, spécialisé sur le calcul GPU et les APIs génératives serverless, en plus de son stockage objet et de son Kubernetes managé. Précision utile : contrairement à ce qu'on lit souvent, il n'est pas qualifié SecNumCloud.
- 42. Outscale — Saint-Cloud. Opère un cloud d'entreprise dont l'offre d'infrastructure à la demande est qualifiée SecNumCloud, et sert de socle souverain à des clients sensibles ainsi qu'à d'autres acteurs français du cloud.
- 43. Cloud Temple — Puteaux, avec un site d'exploitation à Tours. L'acteur français le mieux doté en qualifications SecNumCloud, avec un périmètre d'infrastructure large et une plateforme applicative également qualifiée. C'est ce qui en fait un socle privilégié pour les administrations.
- 44. Amarisoft — Levallois-Perret. Implémente en logiciel pur des stations de base 4G et 5G exécutables sur du matériel standard, plus un cœur de réseau compact. Ses valises de test et simulateurs de terminaux sont utilisés dans les laboratoires du monde entier.
- 45. 6WIND — Montigny-le-Bretonneux. Transforme un serveur standard en routeur logiciel multi-térabit grâce à son système d'exploitation propriétaire, décliné en routeur de périphérie, pare-feu, UPF 5G, CGNAT et CPE virtuels.
- 46. Cirpack — Issy-les-Moulineaux. Édite le cœur de réseau voix des opérateurs : IMS entièrement logiciel sans dépendance matérielle, SBC, softswitch, gestion de la portabilité, avec des usages VoLTE, VoNR et lutte contre l'usurpation de numéro.
- 47. StreamWide — Paris. Édite deux plateformes de communication critique pour smartphones et PC, l'une pour les forces de sécurité, l'autre pour les entreprises, avec talkie-walkie sur 4G et 5G conforme aux normes 3GPP, géolocalisation et automatisation métier.
Comment ce classement est construit
Le point de départ est une liste large d'entreprises citées dans l'écosystème réseau et télécom français. Chacune a ensuite été passée au filtre de trois questions.
L'entreprise existe-t-elle encore ? C'est moins évident qu'il n'y paraît. Plusieurs noms très présents dans la presse spécialisée correspondent aujourd'hui à des sociétés radiées, absorbées ou dont le site n'est plus en ligne. Nous avons vérifié l'état administratif de chaque société au registre national des entreprises avant de l'inscrire.
Est-elle encore française ? C'est le filtre qui élimine le plus de candidats. Le secteur a connu une vague de rachats par des groupes et des fonds étrangers, et plusieurs fleurons régulièrement cités comme des réussites françaises appartiennent désormais à des acquéreurs singapouriens, suédois, britanniques, allemands ou américains. Nous les avons écartés, sans porter de jugement sur leur qualité.
Fait-elle vraiment du réseau ? Une entreprise numérique n'est pas une entreprise de réseau. Nous nous sommes tenus à la connectivité, à l'infrastructure, à l'équipement, à la sécurité des réseaux, à l'IoT connecté et aux logiciels d'opérateur.
Deux cas sont signalés explicitement dans les fiches plutôt que masqués : les entreprises françaises mais détenues par un groupe industriel, et celles dont des investisseurs étrangers figurent au capital sans en avoir le contrôle. Le lecteur juge lui-même.
Cette page est mise à jour au fil de nos vérifications. Si votre entreprise manque ici, ou si une information la concernant a changé, écrivez-nous : rachat, déménagement de siège, changement de nom de marque, nous corrigeons.
Questions fréquentes
Pourquoi aucun chiffre d'affaires ni effectif n'est indiqué ?
Parce que ces données ne sont pas disponibles de façon homogène : certaines sociétés sont cotées et publient tout, d'autres ne déposent rien de public. Aligner les unes sur les autres donnerait une fausse impression de comparabilité. Nous préférons décrire ce que fait chaque entreprise plutôt que de la ranger par taille.
Pourquoi certaines entreprises très connues n'y sont pas ?
Le plus souvent parce qu'elles ne sont plus sous contrôle français, parfois parce qu'elles ont disparu ou ont été absorbées, et dans quelques cas parce qu'aucune source primaire fiable n'a permis de confirmer leur situation actuelle. Dans le doute, nous n'inscrivons pas.
Est-ce un classement par ordre d'importance ?
Non. L'ordre à l'intérieur de chaque famille n'a aucune signification, et les familles elles-mêmes sont un simple outil de lecture. Personne n'a payé pour figurer dans cette page, et personne n'a été sollicité pour y être.
Vous figurez dans ce classement ?
Vous pouvez le mentionner et le partager, avec un lien vers cette page. Nos critères de sélection sont décrits dans notre méthodologie, et notre fonctionnement dans la page à propos.
Pour aller plus loin, retrouvez nos autres classements dans nos TOP 50, dont les 37 newsletters tech et télécom francophones pour suivre ce secteur au quotidien. Et si vous préférez recevoir notre sélection par e-mail, rejoignez le club.