Astuces & optimisations

Interview de Michaël De Block de Centre Hospitalier de Moulins-Yzeure : Optimiser les télécoms au sein d’un établissement de santé

Bonjour Michaël, en tant que directeur des services numériques et du biomédical au CH de Moulins-Yzeure, comment résumeriez-vous les enjeux télécoms spécifiques d’un établissement hospitalier comme le vôtre, et en quoi ils structurent concrètement votre feuille de route actuelle ?Notre...

24 juin 2026 7 min de lecture
Interview de Michaël De Block de Centre Hospitalier de Moulins-Yzeure : Optimiser les télécoms au sein d’un établissement de santé

Bonjour Michaël, en tant que directeur des services numériques et du biomédical au CH de Moulins-Yzeure, comment résumeriez-vous les enjeux télécoms spécifiques d’un établissement hospitalier comme le vôtre, et en quoi ils structurent concrètement votre feuille de route actuelle ?

Notre établissement dispose de deux sites principaux (l'un à Moulins, l'autre à Yzeure) et une dizaine de sites secondaires 40 km à la ronde, relativement anciens et dont les moyens de communication ont besoin d'être sérieusement modernisés. La téléphonie en fait partie et nous lançons dès cette année, à l'occasion de l'ouverture de notre nouveau bâtiment RESURGENCES un vaste projet de modernisation du réseau et de la téléphonie.

Vous pilotez un vaste programme de rénovation des réseaux informatiques et téléphoniques, intégré à un chantier de 37 M€. Quels choix structurants avez-vous faits sur l’architecture télécom (redondance, convergence voix-données, mobilité, etc.) pour garantir à la fois la performance au quotidien et la résilience en situation de crise ?

Le remplacement de la téléphonie wifi par la technologie DECT devrait apporter une meilleure qualité des échanges et une meilleure couverture. Nous avons également pour objectif d'installer à termes des répéteurs pour améliorer la couverture de la téléphonie mobile nécessaire à nos patients et agents, du fait du développement croissant des applications smartphone, à commencer par Mon Espace Santé. Nos chantiers locaux sont également conditionnés au Schéma directeur et à la politique de sécurité des SI piloté par l'hôpital support du GHT Territoires d'Auvergne : nous modernisons mais en lien avec une feuille de route pensée à l'échelle d'un groupement territorial de 14 établissements. C'est un programme sur plusieurs années qui s'inscrit également de le cadre de grands programmes nationaux du Ségur Numérique.

Le connecteur entre eRM d’EXOS TELECOM et NEXSIS, reliant le SAMU 03 au SDIS 03, est un exemple très concret d’optimisation des télécoms au service des soins urgents. Quels problèmes opérationnels cette interconnexion a-t-elle réellement résolus, et qu’est-ce que cela change pour les équipes de régulation et pour les patients ?

La communication entre SAMU et pompiers est un axe essentiel de la bonne prise en charge des patients de notre bassin de santé. La répartition et la complémentarité des tâches des 2 équipes, l'envoi des véhicules sur le terrain, etc. tout est conditionné par une excellente communication entre les deux entités. En Allier, les équipes ne travaillent pas sur une plateforme mutualisée. Le temps passé au téléphone pour partager l'information nécessaire suite aux appels au 15 ou au 18 est incompatible avec l'activité de ces services d'urgences : c'est là que le numérique entre en jeu. Avoir réussi à interfacer notre logiciel de régulation médicale eRM avec la plateforme nationale des pompiers, NEXSIS était donc essentiel pour nos équipes, d'autant plus essentiel que nous étions le 1er SAMU de France à mettre en œuvre un tel dispositif.

Vous avez retenu CrisiSoft avec hébergement souverain pour structurer la gestion des alertes et la coordination territoriale. Comment avez-vous articulé ce choix avec les exigences télécoms (priorisation des flux, sécurité, continuité en mode dégradé) et quels enseignements tirez-vous de sa mise en œuvre pour d’autres hôpitaux ?

L'outil MenKorn a aujourd'hui 10 ans et a été développé en grande partie à partir des réflexions et habitudes de travail des équipes de gestion de crise du Centre Hospitalier Moulins-Yzeure (médicales et administratives). Chaque développement a été réalisé par Crisisoft sur la base des usages décrits et vécus par nos professionnels, mais aussi nos infrastructures et de facto nos bonnes pratiques et modes dégradés, eux-mêmes dictés par les programmes de sécurisation nationaux et normes européennes. Nous sommes assez fiers de porter un tel dispositif, le plus complet que je connaisse après 30 ans de carrière en milieu hospitalier et qui nous rassure face aux nombreuses menaces et situations sanitaires exceptionnelles qui pèsent sur notre établissement.

L’outil MenKorn, avec son moteur de simulation, permet des entraînements réguliers sans risque en cas d’indisponibilité des SI primaires. Comment exploitez-vous la dimension télécom dans ces exercices (pannes de PABX, coupures opérateurs, saturation des lignes…), et qu’avez-vous découvert sur la robustesse réelle de votre organisation grâce à ces simulations ?

Le fait que MenKorn ne soit pas hébergé sur nos infrastructures est la meilleure des résiliences aux pannes et saturation de nos installations et fournisseurs. MenKorn est agnostique et peut être accédé via le réseau internet de n'importe quel opérateur. Même en cas de black-out total du système d'information de notre établissement, nous pouvons y accéder, de même que nos partenaires du parcours patient. Et utiliser cet outil alternatif pour communiquer en toute situation et avec tout partenaire (faisant partie ou pas de notre organisation) représente une réelle robustesse pour nous, qui n'avons pas forcément les moyens d'un centre hospitalier universitaire...

En vous projetant à 5–10 ans, comment imaginez-vous l’évolution des télécoms hospitaliers : généralisation de la téléphonie sur IP critique, 5G privée, intégration native avec les SI de santé territoriaux… et quelles sont, selon vous, les priorités à fixer dès maintenant pour ne pas subir ces transformations ?

C'est difficile à dire. Je dirais que sur le plan politique et son impact sur les territoires, nous devons attendre la prochaine échéance présidentielle : depuis 2009 et la loi HPST, il y a une certaine cohérence dans le développement technologique hospitalier. Le numérique est au service du parcours coordonné du patient sur son territoire. Sur le plan technologique, c'est presqu'impossible de se projeter au-delà de 3 ans, quand on voit les progrès et l'innovation presqu'exponentielle que connaît notre société depuis la crise COVID...Mais le véritable nerf de la guerre va être notre capacité à investir et le moins qu'on puisse dire, c'est que les finances de l'hôpital public ne sont pas bonnes ces derniers et les perspectives d'amélioration lointaines. Alors, nous essayons de faire des choix durables maintenant, en essayant chaque fois de se dire que nous espérons les voir tenir longtemps, en attendant des jours meilleurs...

Pour conclure, quel conseil très concret donneriez-vous à un directeur d’hôpital ou à un DSI qui souhaite « vraiment » optimiser ses télécoms : par quoi commencer, quelle erreur éviter absolument, et quel petit pas immédiat peut déjà améliorer la sécurité et la qualité de prise en charge ?

Cela fait 30 ans que je travaille au service des hôpitaux, pour le compte d'éditeurs de logiciels d'abord, puis comme directeur et je peux vous dire que chaque établissement est différent et dispose de sa propre histoire, souvent complexe (d'autant que pendant longtemps le numérique n'était pas la priorité des directions hospitalières...). Lorsqu'on prend son poste, il est vraiment important de faire un rapport d'étonnement précis (une analyse de risques si on en a le temps) afin de bien comprendre l'héritage laissé par ses prédécesseurs, le contexte de l'établissement (autonome ou au sein d'un GHT) et ses moyens (financiers et humains) : c'est sur cette base que l'on sait comment on peut avancer dans l'optimisation et quels petits pas on peut réellement faire. Dès lors, le DSI fait valoir son devoir d'alerte auprès de son DG et souvent les pouvoirs publics répondent présents pour aider à financer le plus urgent. Le reste s'inscrira progressivement dans le soutien apporté par le numérique au projet d'établissement : si l'histoire qu'on propose sur le plan technologique fait écho à l'évolution médico-soignante de l'établissement, chacun adhère progressivement et finit par comprendre l'importance de la modernisation et de la sécurisation numérique. Enfin, il faut savoir que via les centrales d'achats, le DSI saura trouver facilement les partenaires IT spécialisés Santé, qui pourront épauler ses équipes dans les différentes opérations. Avec rigueur, suivi et détermination, chaque DSI hospitalier local ou de GHT saura relever les défis de l'optimisation technologique, si on lui en donne les moyens.

Pour en savoir plus : https://www.ch-moulins-yzeure.fr/